L'Hebdo #128 : Le manque à gagner colossal du patrimoine des Français et tout ce qu'il faut savoir sur le nouveau fonds Défense de Bpifrance
📈 Les news qui ont fait bouger les marchés cette semaine
1. La Fed rassure à court terme, mais l'incertitude demeure
La Réserve fédérale américaine a maintenu ses taux directeurs inchangés cette semaine, comme prévu par les marchés. Mais c’est surtout le ton de Jerome Powell qui a retenu l’attention des investisseurs : le président de la Fed a minimisé les signaux d’alerte sur l’inflation, qualifiant certaines hausses de prix de "transitoires", une expression longtemps critiquée depuis la crise post-Covid, mais qui fait son retour dans la rhétorique monétaire. Résultat : Wall Street a rebondi avec vigueur, effaçant une partie de ses pertes. Le Nasdaq 100 a repris 1,3 %, le S&P 500 1,08 %, et même l’or a bénéficié d’un nouvel engouement, dépassant brièvement les 3 050 dollars l’once. Pourtant, sous cette couche de soulagement, la Fed a revu à la baisse ses prévisions de croissance et a relevé ses anticipations d’inflation. Elle a aussi fait savoir que plusieurs membres de son comité voient désormais moins de deux baisses de taux possibles en 2025. En clair, le message est moins clair qu’il n’y paraît, et la nervosité reste palpable sur les marchés, surtout à l’approche du 2 avril, date clé pour le déclenchement potentiel de nouvelles surtaxes douanières aux États-Unis. En somme, la Fed temporise, mais les incertitudes structurelles persistent.
2. L'Europe surperforme les États-Unis, grâce à une narration économique plus lisible
Alors que les marchés américains peinent à retrouver un cap stable, l’Europe tire son épingle du jeu en 2025. L’Euro Stoxx 50 affiche une progression de plus de 11 % depuis le début de l’année, tandis que le S&P 500 recule de 3,5 %. Corrigé des effets de change, l’écart atteint même près de 20 % pour les investisseurs européens, en raison de la forte baisse du dollar face à l’euro. Ce différentiel historique s’explique par des facteurs macroéconomiques et politiques divergents : d’un côté, l’Europe a enclenché une dynamique d’investissement public portée par la défense, l’énergie, et les infrastructures. Des pays comme l’Allemagne ont levé des verrous budgétaires pour financer ces priorités stratégiques. De l’autre, les États-Unis font face à une instabilité croissante sous l’impulsion de Donald Trump : pressions douanières, tensions géopolitiques, fragilisation des relations transatlantiques... Les milieux financiers, d’ordinaire très américains dans leur allocation, commencent à se tourner vers des zones perçues comme plus prévisibles. En témoignent les performances de certains secteurs européens : la banque (+26 %), l’assurance (+16 %) et les télécoms (+14,5 %) dominent le palmarès 2025. À l’inverse, les valeurs technologiques américaines souffrent de désillusions, et même les "success stories" comme Nvidia ne suffisent plus à maintenir la confiance à long terme.
3. L’Asie prend de l’avance avec la relance chinoise et l’essor technologique
Pendant que l’Occident doute, l’Asie avance. Cette semaine, la Chine a lancé un nouveau plan de soutien à la consommation intérieure, avec huit axes majeurs pour renforcer le pouvoir d’achat, la confiance des ménages et la demande domestique. Ce geste intervient alors que les dernières statistiques chinoises montrent une reprise solide de la production industrielle et de l’investissement, malgré un marché de l’emploi encore fragile. Pékin mise aussi sur son avance technologique pour reprendre la main dans la compétition mondiale. Le groupe Baidu a notamment marqué les esprits avec ses annonces dans l’intelligence artificielle, où la Chine commence à dépasser certains géants américains. Ces signaux positifs ont dopé la dynamique des places asiatiques : le Nikkei 225 à Tokyo progresse de 1,73 % sur la semaine, le Hang Seng rebondit malgré des prises de bénéfices, et Taiwan affiche près de 2 % de hausse. Cette vitalité contraste fortement avec le repli de Wall Street, plombé par les incertitudes politiques américaines. Les investisseurs, en quête de visibilité et d’opportunités, redirigent progressivement leurs flux vers l’Asie, où la croissance reste robuste, la politique monétaire plus souple et le récit économique mieux structuré. Si cette tendance se poursuit, l’Asie pourrait redevenir la zone phare des marchés financiers mondiaux dans les trimestres à venir.
📰 Le dossier de la semaine : 4000 milliards d’euros : le manque à gagner colossal du patrimoine des Français
Une décennie de rendements faibles liée à des choix d’allocation discutables
Entre 2014 et 2024, le patrimoine global des ménages français est passé d’environ 11 000 milliards à près de 14 000 milliards d’euros. Une progression nette, certes, mais qui correspond à une hausse moyenne de 2,6 % par an – à peine au-dessus de l’inflation sur la même période, estimée à 2 %. Résultat : aucun enrichissement réel, et un pouvoir d’achat globalement figé depuis dix ans.
Mais si les ménages avaient adopté une répartition différente de leur épargne, leur situation aurait pu être bien différente.
Une mauvaise allocation qui coûte très cher
Aujourd’hui encore, la majorité des foyers français restent attachés à deux idées reçues :
« L’immobilier est l’investissement le plus sûr »
« La Bourse est trop risquée »
Ces croyances conduisent à une double erreur dans la gestion du patrimoine :
Une part trop importante consacrée à la pierre,
Une sous-exposition chronique aux actions cotées.
Par comparaison, les ménages américains suivent une approche radicalement différente. Ils investissent beaucoup moins dans l’immobilier et cinq fois plus dans les actions. Une stratégie qui, sur la durée, se révèle largement plus performante.
Combien les Français auraient-ils pu gagner ?
Si les foyers hexagonaux avaient adopté la même stratégie que leurs homologues américains, leur patrimoine aurait progressé de 5,4 % par an en moyenne, soit deux fois plus vite qu’en réalité. Concrètement, 100 € placés en 2014 seraient devenus 170 € en 2024, contre seulement 130 € aujourd’hui.
Cela représente une différence globale de 4 000 milliards d’euros, soit environ 130 000 € par foyer. C’est plus que la capitalisation boursière du CAC 40, et même 35 % au-dessus du PIB français.
Une triple pénalité pour les Français
Investir massivement dans des produits à capital garanti ou dans l’immobilier résidentiel a des conséquences lourdes :
Rendement faible : les Français peinent à faire croître leur patrimoine de manière significative, ce qui limite leur capacité à préparer l’avenir et à améliorer leur niveau de vie.
Financement public indirect : en plaçant majoritairement leur épargne dans des obligations d’État ou des fonds euros, les épargnants contribuent à maintenir un système public dépensier sans en tirer de réelle contrepartie.
Moins de soutien aux entreprises : en délaissant les marchés actions, ils privent les entreprises françaises et européennes de financements essentiels à leur développement.
Le bon réflexe : devenir investisseur, pas rentier
S’il y a un enseignement à tirer de cette décennie, c’est que la performance vient de l’investissement dans le capital productif – à savoir les entreprises. Ce sont elles qui créent la richesse et soutiennent l’économie réelle.
Adopter une stratégie plus dynamique, c’est :
Réduire le poids de l’immobilier dans son patrimoine,
Sortir progressivement des fonds en euros et des livrets réglementés,
Renforcer la part des actions dans son portefeuille, via des supports adaptés à son profil.
En résumé, ne pas adapter (et diversifier) son épargne, c’est renoncer à plusieurs centaines de milliards d’euros de richesse collective. Pour espérer voir son pouvoir d’achat progresser et préparer sereinement sa retraite, il est temps de faire évoluer les mentalités : l’investissement boursier raisonné, sur le long terme, est aujourd’hui incontournable.
🏦 Investissement : Investir dans la défense, ce qu’il faut savoir sur le nouveau fonds lancé par Bpifrance
Bpifrance s’apprête à ouvrir aux épargnants français un nouveau type de placement : un fonds dédié à l’industrie de la défense. Ce dispositif inédit permettra aux particuliers de soutenir indirectement les entreprises du secteur tout en diversifiant leur portefeuille.
Avec un objectif de 450 millions d’euros d’encours, ce fonds vise à capter une partie de l’épargne disponible des ménages. Le ticket d’entrée est fixé à 500 euros, ce qui le rend relativement accessible.
1. Quand ce fonds sera-t-il disponible ?
La commercialisation est prévue dans des délais très courts. Pour faciliter son lancement, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a mis en place une procédure d’agrément accélérée pour les fonds investis dans la Base Industrielle et Technologique de Défense (BITD).
Cela signifie que les sociétés de gestion souhaitant créer ce type de produit verront leur demande traitée en priorité, avec un accompagnement renforcé par les services de l’AMF. En général, le délai d’agrément pour un fonds est d’environ un mois – il pourrait être réduit dans ce cadre spécifique.
2. Par quel biais pourra-t-on souscrire ?
Ce fonds sera éligible à plusieurs enveloppes fiscales. Il sera notamment possible d’y souscrire :
Via un contrat d’assurance-vie en unités de compte
Par le biais d’un Plan d’épargne retraite (PER)
Ou en direct via un compte-titres ordinaire
En revanche, ce fonds ne semble pas prévu pour une intégration dans un PEA ou PEA-PME, malgré l’avantage fiscal que ces enveloppes peuvent offrir. Certains experts regrettent cette exclusion.
Le gouvernement souhaite orienter davantage l’épargne vers des supports non cotés, dans le cadre de la loi Industrie Verte du 24 octobre 2024. Ce type de fonds répond aussi aux nouvelles exigences réglementaires imposant aux assureurs d’intégrer une part de non coté dans les allocations proposées en gestion pilotée.
3. Quelle fiscalité s’applique ?
Aucun avantage fiscal spécifique n’est prévu pour ce fonds dédié à la défense. La fiscalité dépendra donc du support choisi pour l’investissement :
En résumé, l’assurance-vie reste le support le plus souple fiscalement à long terme.
4. Les sommes seront-elles bloquées ?
Oui. Comme dans la majorité des fonds de private equity, un blocage des sommes investies est prévu pour une durée de 5 ans. Cette période est nécessaire pour permettre au fonds d'investir dans des entreprises non cotées à moyen terme.
Il est parfois possible de sortir plus tôt, mais cela dépendra des conditions prévues par le contrat et pourrait entraîner des frais ou une décote sur la valeur des parts.
Contrairement à d’autres fonds similaires comme les FCPI, ce fonds ne propose pas de réduction d’impôt en contrepartie de ce blocage temporaire.
5. Quel rendement peut-on espérer ?
Pour l’instant, aucun objectif de performance officiel n’a été communiqué. Cependant, les fonds dits evergreen (non cotés, sans durée de vie limitée) visent généralement des rendements annuels de 6 à 10 %, selon les actifs sous-jacents sélectionnés.
Bpifrance n’a pas encore dévoilé la composition précise du portefeuille, mais plusieurs compagnies d’assurance s’intéressent déjà au produit, tout comme des investisseurs particuliers. D’autres sociétés de gestion privées comme Tikehau ou Sienna AM envisagent également de lancer leurs propres véhicules similaires.
💸 Les annonces d’entreprises à noter de la semaine :
Airbus, Dassault Systèmes et plus de 90 petites entreprises technologiques européennes et groupes de pression ont demandé à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, de créer un fonds d'infrastructure souverain afin d'accroître les investissements publics dans les technologies de pointe.
Bpifrance et le fonds Lac1 achètent une participation de 800 millions d'euros dans Veolia.
Engie a finalisé l'accord de prolongation du nucléaire avec les autorités belges, ainsi que le transfert des obligations liées aux déchets nucléaires au gouvernement belge.
Le suédois Klarna dépose un dossier d'introduction en bourse aux États-Unis.
Bolloré augmente son dividende après une forte hausse du bénéfice en 2024.
Julius Bär fait son entrée en Italie.
Thales équipera les futurs sous-marins néerlandais.
Deezer confirme son objectif d'atteindre un Ebitda ajusté positif en 2025.
Morgan Stanley prévoit environ 2000 suppressions d'emplois pour maîtriser ses coûts, selon Bloomberg.
La Chine retarde l'approbation de l'usine mexicaine de BYD, selon le FT.
BNP Paribas souhaiterait réduire d'un tiers son réseau d'agences en France d'ici 2030, soit 500 fermetures d'agences, selon Les Echos.
La Deutsche Bank ferme de nouvelles succursales et supprime 2000 emplois.
Nvidia va investir des centaines de milliards dans la production de puces aux Etats-Unis sur quatre ans, selon le FT.
Bénéteau dégage 136,3 M€ d'Ebitda sur son dernier exercice.
NRJ Group s'apprête à vendre la chaîne de la TNT Chérie 25, selon La Lettre.
Tesla rappelle la plupart de ses Cybertrucks pour un problème de carrosserie.
Source : Les Echos, Investir, Investing, ZoneBourse, Reuters, ABC Bourse, BDL Capital Management