L'Hebdo #129 : la théorie de l'Accord de Mar-a-Lago et ce que les investisseurs doivent vraiment retenir dans un climat d’incertitude commerciale aux US
📈 Les news qui ont fait bouger les marchés cette semaine
Guerre commerciale : l’industrie automobile ciblée en priorité
La tension commerciale entre les États-Unis et leurs partenaires commerciaux est montée d’un cran cette semaine, à l’approche du 2 avril, date à laquelle l’administration Trump prévoit d’introduire de nouveaux droits de douane "réciproques". L’annonce la plus marquante concerne l’automobile : Donald Trump a confirmé l’application d’une surtaxe de 25 % sur tous les véhicules importés aux États-Unis. Cette mesure touchera aussi bien les constructeurs européens, japonais et sud-coréens que certains groupes américains dépendants de chaînes de production mondialisées. Le message est clair : les entreprises qui souhaitent vendre sur le sol américain doivent désormais produire localement. Les marchés ont accusé le coup, notamment en Europe. Le DAX allemand, fortement exposé au secteur automobile, a reculé, tandis que des valeurs comme BMW, Porsche ou Mercedes ont perdu plus de 2 % en séance. Aux États-Unis, General Motors et Ford ont été également sanctionnés par les investisseurs. Ce durcissement commercial vise à relocaliser l’industrie mais risque d’avoir un impact négatif sur les prix, la consommation et, à terme, sur la dynamique inflationniste. La nervosité reste forte alors que d’autres annonces pourraient suivre le 2 avril, dans ce que Washington présente comme un bras de fer économique global.
Inflation américaine : un indicateur clé vient contrarier les espoirs de baisse des taux
Les chiffres de l’inflation publiés cette semaine ont rappelé que les tensions sur les prix sont loin d’être complètement résorbées. L’indice PCE Core – un indicateur central pour la Réserve fédérale – a progressé de 2,8 % sur un an, soit un dixième de point de plus qu’attendu. Ce chiffre, bien que modeste en apparence, a suffi à refroidir les espoirs d’un assouplissement monétaire rapide aux États-Unis. Certains membres de la Fed commencent d’ailleurs à évoquer un maintien des taux à leur niveau actuel plus longtemps que prévu. Pour les marchés, cette nouvelle donne complique la lecture à court terme. Les taux obligataires ont légèrement reflué, signalant une crainte croissante concernant l’évolution de la croissance américaine. Les investisseurs redoutent en effet que la combinaison entre politique commerciale agressive et inflation persistante pèse sur la consommation intérieure et l’investissement. Ce chiffre vient s’ajouter à une série de données économiques contrastées : si l’activité reste globalement en territoire d’expansion, le moral des ménages et certains indicateurs avancés montrent des signes de faiblesse. Autant d’éléments qui alimentent la prudence des marchés actions.
L’or flambe : nouvelle ruée vers les valeurs refuges
Face aux incertitudes politiques, aux tensions géopolitiques et à la volatilité croissante des marchés financiers, l’or s’impose plus que jamais comme une valeur refuge. Cette semaine, le métal précieux a atteint un nouveau sommet historique à plus de 3 080 dollars l’once, soutenu par une demande robuste aussi bien des particuliers que des banques centrales. L’environnement actuel, marqué par des conflits commerciaux, des taux d’intérêt élevés et une inflation encore tenace, pousse les investisseurs à se détourner des actifs risqués au profit de placements défensifs. Les flux vers les ETF adossés à l’or sont en forte hausse, tandis que la demande physique reste soutenue dans plusieurs pays émergents. Les autres métaux précieux comme l’argent, le platine ou le palladium bénéficient également de cette tendance haussière. À moyen terme, certains analystes estiment que l’or pourrait continuer sa progression vers les 3 300 dollars, notamment si les incertitudes politiques persistent. La hausse du cours du métal jaune reflète à la fois un climat d’anxiété sur les marchés et une quête de stabilité à l’échelle mondiale. C’est un signal fort envoyé par les investisseurs : en période d’instabilité, le besoin de sécurité passe avant la recherche de rendement.
📰 Le dossier de la semaine : L’Accord de Mar-a-Lago : la nouvelle théorie économique controversée autour de Donald Trump
Depuis quelques semaines, une hypothèse étonnante circule à Washington et sur les marchés financiers : Donald Trump aurait un plan secret et audacieux pour redessiner l’économie mondiale. Une stratégie que certains surnomment déjà « l’Accord de Mar-a-Lago », en référence à sa résidence en Floride, d’où il aurait l’intention de mener ses futures négociations internationales.
Une stratégie pensée ou un chaos volontaire ?
Pour les observateurs non avertis, la récente vague de droits de douane imposée par Trump peut sembler incohérente, mal préparée, voire contre-productive. Mais selon cette théorie, ce chaos serait précisément le cœur de la stratégie : créer un climat d’incertitude pour forcer les puissances étrangères à la table des négociations.
L’objectif final ? Un accord mondial où :
Les partenaires commerciaux des États-Unis accepteraient de réévaluer leur monnaie face au dollar ;
Des pays comme la Chine ou l’Allemagne investiraient massivement dans des usines sur le sol américain ;
Les banques centrales étrangères échangeraient leurs obligations d’État américaines contre des « obligations du siècle » sans intérêt pendant 100 ans ;
En échange, ces pays bénéficieraient d’une levée des droits de douane et d’une protection militaire américaine.
Deux obsessions de Trump réunies : le dollar fort et les alliés « profiteurs »
Ce projet — encore hypothétique — répond à deux des grandes critiques que Trump adresse au système mondial actuel :
Le dollar trop fort : en tant que monnaie de réserve mondiale, le dollar est structurellement surévalué, rendant les exportations américaines moins compétitives. Trump considère cela comme un handicap majeur pour l’industrie locale.
Le déséquilibre géopolitique : selon lui, les alliés des États-Unis profitent de la protection militaire américaine sans en payer le prix, tout en pratiquant un commerce déséquilibré avec Washington.
L’Accord de Mar-a-Lago serait donc une manière de redonner aux États-Unis l’avantage industriel, tout en replaçant ses partenaires face à leurs responsabilités économiques et stratégiques.
Une vision critiquée jusque dans sa logique
Malgré une certaine popularité médiatique, notamment sur Wall Street où des notes d’analyse ont été diffusées à ce sujet, de nombreux experts remettent en cause la faisabilité du plan. Parmi les failles identifiées :
Pour affaiblir le dollar, il faudrait que les pays vendent leurs obligations américaines, ce qui ferait grimper les taux d’intérêt — exactement l’inverse de l’effet recherché.
L’idée que le déclin industriel américain serait uniquement lié à un dollar fort est loin de faire consensus. Les pays riches en général ont vu leur secteur manufacturier décliner, à cause de facteurs plus structurels (automatisation, mondialisation, transition vers les services, etc.).
Trump lui-même ne semble pas réellement porter cette vision. Il n’a jamais évoqué publiquement l’Accord de Mar-a-Lago et ses décisions récentes, comme menacer les BRICS de sanctions s’ils lancent une nouvelle monnaie, vont à l’encontre de cette stratégie.
Une manœuvre politique plus qu’un projet économique ?
En réalité, cette théorie pourrait surtout servir à donner une cohérence a posteriori à des décisions impulsives ou mal préparées. Elle reflète un besoin de rationaliser les politiques commerciales de Trump, qui sont souvent guidées par l’instant plutôt que par une vision d’ensemble.
Si jamais un tel accord voyait le jour, il pourrait provoquer un choc économique mondial : remise en question du rôle du dollar, perte de confiance dans la dette américaine, tensions commerciales accrues… Autant de scénarios à haut risque.
L’« Accord de Mar-a-Lago » est moins une stratégie officielle qu’un récit construit autour des décisions de Trump. Si elle séduit certains analystes par son audace, elle reste fragile sur le plan économique et diplomatique. Et surtout, elle ne semble pas réellement soutenue par son principal acteur.
🏦 Investissement : États-Unis, ce que les investisseurs doivent vraiment retenir dans un climat d’incertitude commerciale
Alors que le premier trimestre touche à sa fin, les marchés continuent de réagir vivement aux annonces tarifaires américaines. Une taxe de 25 % sur toutes les voitures non fabriquées aux États-Unis a été décrétée, avec en ligne de mire une réforme plus large du commerce international dès le 2 avril. Malgré cette perspective, les tensions devraient rester vives : entre représailles potentielles et tractations diplomatiques, l’incertitude domine.
Mais plutôt que de se laisser happer par la volatilité, mieux vaut se concentrer sur les faits. Voici un tour d’horizon de ce qu’on sait et de ce que cela implique concrètement pour nous, investisseurs.
Ce qui vient de tomber : une taxe de 25 % sur les voitures importées
Donald Trump a signé un décret imposant une taxe douanière sur les véhicules étrangers à partir du 3 avril. Cette mesure vise d’abord les voitures complètes, puis les pièces détachées dès le mois suivant. L’impact a été immédiat : les valeurs automobiles ont chuté, notamment celles d’Allemagne et de Corée du Sud, deux pays très exposés à ce secteur. À titre de comparaison, l’automobile représente 7 % de l’indice DAX allemand, contre seulement 2 % du S&P 500 américain.
Il est encore difficile de dire si cette taxe restera en vigueur durablement. Si elle est maintenue, elle pourrait inciter certains constructeurs étrangers à relocaliser leur production aux États-Unis. Mais à court terme, c’est surtout une hausse des prix pour les consommateurs qui se profile, avec en cascade des effets sur le marché de l’occasion, les coûts d’entretien ou encore les primes d’assurance.
Prochaine étape : des droits de douane « réciproques »
La taxe automobile n’est qu’un prélude. Le 2 avril, l’administration Trump doit présenter un système de tarifs douaniers « miroir », c’est-à-dire calqués sur ceux appliqués par les partenaires commerciaux à l’encontre des produits américains. Cette stratégie vise à « rééquilibrer » les échanges en ajustant les droits de douane pays par pays, tout en intégrant parfois d’autres barrières comme la TVA locale.
Dans les faits, certains pays moins restrictifs envers les produits américains pourraient être épargnés ou bénéficier d’exonérations. D’autres, notamment les marchés émergents, risquent d’être plus lourdement touchés. Des taxes sectorielles ciblées (bois, pharmacie, etc.) sont également en préparation.
Un climat économique encore très flou
L’indice d’incertitude des politiques économiques, qui mesure la fréquence des articles de presse sur le sujet et les divergences entre prévisions économiques, atteint son plus haut niveau depuis la pandémie. Les annonces du 2 avril devraient clarifier certains points, mais elles ne mettront pas fin aux tensions. Il faudra s’attendre à des ripostes, à des négociations prolongées et à une volatilité persistante.
Ce qu’on sait et qui reste solide
Malgré les tensions commerciales, plusieurs indicateurs économiques restent bien orientés :
Les bénéfices des entreprises progressent : les estimations de résultats du S&P 500 pour 2025 tablent sur une croissance supérieure à 10 %, bien au-dessus de la moyenne historique de 6 à 7 %.
Le marché de l’emploi US reste dynamique : le secteur privé continue de créer des emplois à un rythme soutenu, bien au-delà du seuil nécessaire pour suivre la croissance de la population active.
La Fed reste prudente : la Banque centrale américaine prévoit deux baisses de taux en 2025, tout en restant attentive à l’évolution de l’inflation. En l’état, une nouvelle hausse de taux paraît peu probable.
Une possible bascule vers des politiques pro-croissance : après un début d’année marqué par les coupes budgétaires et les tensions commerciales, l’administration pourrait se tourner vers des mesures plus favorables à la croissance comme des baisses d’impôts ou des allègements réglementaires.
Le marché du crédit reste sain : les spreads des obligations à haut rendement sont étroits, signalant une confiance des investisseurs dans les perspectives économiques. La demande de crédit repart aussi à la hausse.
Quelles conséquences pour les portefeuilles ?
Un rebond rapide et marqué des marchés paraît peu probable dans les mois à venir. En revanche, si la croissance économique et les bénéfices des entreprises se maintiennent, les phases de repli pourraient offrir des opportunités d’investissement.
Les secteurs peu exposés aux droits de douane, comme la santé et la finance, offrent des valorisations attractives et pourraient tirer leur épingle du jeu. Le secteur financier, en particulier, pourrait profiter de nouvelles mesures favorables à l’économie.
En résumé, une stratégie équilibrée entre actions de croissance et actions « value », associée à une bonne diversification géographique et sectorielle, semble la plus judicieuse. Sans oublier les placements obligataires, utiles pour atténuer les à-coups des marchés boursiers.
💸 Les annonces d’entreprises à noter de la semaine :
Vivendi vend 5% de Telecom Italia et réduit ses parts à 18,4% du capital.
Dassault Aviation envisage de livrer jusqu'à cinq Rafale par mois dans les années à venir.
Apple travaille à transformer les montres en dispositifs d'intelligence artificielle dotés de caméras.
Coty vend sa participation dans la marque de beauté de Kim Kardashian à SKIMS.
L'australien James Hardie va racheter le fabricant américain de terrasses artificielles The Azek Company pour 8,75 milliards de dollars dette comprise, en numéraire et en titres.
Airbus discute avec des pays européens de nouvelles commandes dans le domaine de la défense et de l'espace.
Les ventes de Tesla poursuivent leur chute en Europe.
La plateforme de trading eToro dépose une demande d'introduction en bourse aux États-Unis.
Xiaomi lève 5,5 milliards de dollars via une augmentation de capital destinée à financer ses projets de véhicules électriques.
Saint-Gobain réalise une émission obligataire de 1,2 milliard d'euros en 2 tranches.
Fnac Darty émet 300 M€ d'obligations 2032 à 4,75% et étend la maturité d'une ligne de crédit de 600 M€ à 2030.
BYD veut doubler ses ventes à l'étranger pour atteindre 800 000 unités en 2025, déclare son président.
Schneider Electric veut investir 700 millions de dollars aux Etats-Unis.
Société Générale a mis en vente sa fintech Treezor.
Nestlé négocierait avec des sociétés de Private Equity une prise de participation dans sa division Nestlé Waters, valorisée 5 Mds€, a appris Bloomberg.
Nvidia s'apprête à racheter le revendeur de GPU Lepton AI, selon The Information.
KKR s'apprête à acheter le fabricant japonais d'équipements médicaux Topcon, selon Reuters.
Kering finalise la vente à Ardian d'un portefeuille d'immobilier parisien.
Alexis Kohler, ex-secrétaire général de l'Elysée, nommé directeur général adjoint de la Société Générale.
Alstom fournira 18 trains Avelia Horizon pour l’expansion du rail à grande vitesse au Maroc.
Ubisoft regroupe ses marques Assassin’s Creed, Far Cry et Tom Clancy’s Rainbow Six dans une filiale valorisée 4 Mds€, dans laquelle Tencent investira 1,16 Mds€.
Ferrari va relever ses prix de 10% après l'annonce des droits de douane US.
The Coca-Cola Company va investir 1,4 Md$ en Argentine.
Nintendo va lancer la possibilité de prêter les versions numériques de ses jeux.
La production mondiale de Toyota augmente pour le deuxième mois de février grâce à la bonne tenue des ventes au Japon.
Source : Les Echos, The Atlantic, Investir, Investing, ZoneBourse, Reuters, ABC Bourse