L'Hebdo #125 : Pourquoi les prévisions des analystes sont-elles parfois trop optimistes et le Prêt à Taux Zéro étendu à tout le territoire dès avril 2025

📈 Les news qui ont fait bouger les marchés cette semaine

1. Wall Street en pleine correction, l’Europe tient bon malgré la tempête

Les marchés financiers ont vécu une semaine contrastée : alors que les indices américains ont subi une lourde correction, l’Europe continue d’afficher une certaine résilience. Le Nasdaq, plombé par la chute des valeurs technologiques, a effacé la quasi-totalité de ses gains de 2025, tandis que le S&P 500 est repassé en territoire négatif. Nvidia, figure de proue de l’intelligence artificielle, a pourtant publié des résultats impressionnants avec une croissance de 80 % de son chiffre d’affaires, mais cela n’a pas suffi à rassurer des investisseurs devenus plus exigeants. La correction des "Sept Magnifiques", ces grandes valeurs technologiques américaines, marque un tournant, mettant en évidence un essoufflement de la frénésie autour de l’IA.

En Europe, le tableau est bien différent. Le Stoxx Europe 600 continue de progresser et affiche une hausse de près de 10 % depuis le début de l’année. Les indices boursiers du vieux continent bénéficient d’un environnement plus favorable, soutenus par des résultats solides dans plusieurs secteurs comme l’énergie, la défense et l’industrie. Le CAC 40, malgré quelques turbulences liées aux valeurs technologiques, a mieux résisté que son homologue américain. Cette divergence de performance entre les marchés européens et américains témoigne d’un changement de perception des investisseurs, qui voient désormais l’Europe comme une alternative crédible face à l’incertitude croissante aux États-Unis.

 

2. Les marchés secoués par les annonces de Trump : guerre commerciale et incertitude politique

Si la semaine a été mouvementée sur les marchés, c’est en grande partie à cause de l’actualité politique et économique américaine. Donald Trump, fidèle à son approche protectionniste, a lancé une nouvelle offensive commerciale contre la Chine et l’Union européenne. En signant une directive interdisant les investissements chinois dans plusieurs secteurs stratégiques aux États-Unis et en annonçant des droits de douane de 25 % sur les importations européennes, il a semé la panique parmi les investisseurs. Cette guerre commerciale, qui devait initialement cibler la Chine, s’étend désormais à l’Europe, ce qui accroît les craintes d’un ralentissement économique mondial.

Les répercussions ont été immédiates sur les marchés financiers. Le dollar américain s’est renforcé face à l’euro, les valeurs exportatrices ont reculé, et les investisseurs ont préféré se réfugier dans les secteurs dits défensifs comme la consommation de base et l’énergie. Les grandes entreprises européennes comme Schneider Electric et Capgemini ont payé le prix fort, avec des baisses respectives de 9 % et 11 %. Outre les tensions commerciales, le climat d’incertitude est renforcé par l’attitude imprévisible de Trump. Ses déclarations parfois contradictoires, notamment sur les surtaxes visant le Canada et le Mexique, rendent le marché encore plus nerveux, car les investisseurs peinent à anticiper les prochaines étapes de sa politique économique.

 

3. Une semaine décisive en perspective : BCE, emploi américain et tensions géopolitiques au programme

Après une semaine déjà bien agitée, les marchés s’apprêtent à vivre des jours cruciaux avec plusieurs événements majeurs à venir. La Banque centrale européenne (BCE) doit se réunir jeudi et devrait annoncer une baisse des taux d’intérêt, un mouvement très attendu par les investisseurs. Si cette décision est confirmée, elle pourrait soutenir davantage les actions européennes, qui bénéficieraient d’un environnement monétaire plus accommodant.

Par ailleurs, les chiffres de l’emploi aux États-Unis, attendus vendredi, seront déterminants pour la politique monétaire de la Réserve fédérale (Fed). Si le marché du travail montre des signes de ralentissement, cela pourrait renforcer les spéculations sur une éventuelle baisse des taux de la Fed plus tard dans l’année. À l’inverse, des chiffres solides pourraient inciter la banque centrale américaine à maintenir une politique monétaire restrictive, ce qui ajouterait encore plus de pression sur les marchés.

Enfin, la situation géopolitique reste un facteur clé d’incertitude. La rencontre entre Donald Trump et Emmanuel Macron, ainsi que les négociations entre les États-Unis et l’Ukraine sur les minerais, pourraient influencer les marchés dans les jours à venir. Toute annonce surprise sur les tensions commerciales ou la politique étrangère américaine pourrait provoquer de nouvelles turbulences sur les indices boursiers. Dans ce contexte, les investisseurs vont devoir naviguer avec prudence, alors que l’instabilité semble être devenue la nouvelle norme sur les marchés financiers.

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📰 Le dossier de la semaine : Pourquoi les prévisions des analystes sont-elles parfois trop optimistes ?

Chaque début d'année, l'utilité des prévisions des stratégistes et analystes financiers est mise en doute. Une tendance persistante se dégage : les estimations de juste valeur établies par les analystes actions sont souvent trop optimistes, tandis que celles des stratégistes ont tendance à pêcher par excès de prudence. Mais pourquoi les analystes ont-ils une vision généralement trop positive des actions qu'ils suivent ?

 

Une analyse de 78 000 rapports d'analystes

Paul Décaire et John Graham ont examiné un large échantillon de rapports d'analystes et ont identifié plusieurs tendances communes. Une réalité bien connue des professionnels est que la majeure partie de la valorisation fondamentale d'une action repose sur ses flux de trésorerie futurs. En général, les analystes modélisent explicitement la croissance des flux de trésorerie disponibles sur une période de trois ans avant de supposer un retour à une croissance à long terme stabilisée.

Ce processus aboutit à une situation où la valeur terminale (c'est-à-dire la valeur des flux de trésorerie futurs au-delà de la période explicitement modélisée) représente en moyenne 75 % de la juste valeur totale d'une action. Cette proportion reste stable, ce qui suggère que les analystes ne modifient pas fondamentalement leur méthode de modélisation au fil du temps.

 

Une croissance à court terme surestimée

Lorsqu'on examine les taux de croissance projetés, une divergence notable apparaît entre la croissance anticipée à court terme et celle retenue pour le long terme. Actuellement, le taux de croissance terminal moyen s'établit autour de 2,1 % par an, ce qui semble raisonnable et peu susceptible de gonfler artificiellement les valorisations.

Le véritable biais optimiste des analystes réside dans leurs prévisions pour les trois à cinq prochaines années. En moyenne, ils anticipent une croissance des flux de trésorerie comprise entre 12 % et 16 % par an sur cette période, avant que celle-ci ne chute brutalement à environ 2 % par an. Ce passage abrupt d'une croissance élevée à une stagnation est une simplification trompeuse qui biaise les estimations de juste valeur.

 

Une adaptation aux cycles de marché

Les estimations de croissance des analystes varient en fonction du contexte de marché. Lorsque les indices boursiers progressent, ils relèvent leurs prévisions afin de justifier des valorisations élevées. À l'inverse, lors des crises comme celles de 2001 ou 2022, les analystes rechignent à revoir leurs objectifs à la baisse et ajustent à la place leurs projections de croissance à la hausse pour maintenir des valorisations artificiellement élevées.

Une fois que le marché rebondit, ils peuvent progressivement réduire leurs hypothèses de croissance pour aligner leurs objectifs avec les prix réels des actions. Mais lorsque les indices dépassent les objectifs fixés, le cycle recommence : les analystes ajustent à nouveau leurs estimations pour coller à la dynamique du moment.

 

Comment interpréter ces biais ?

Pour les investisseurs, il est important de porter une attention particulière aux taux de croissance intégrés dans les modèles financiers des analystes pour les trois à cinq années à venir. C'est à ce niveau que les ajustements les plus optimistes sont réalisés afin de justifier des marchés survalorisés. Comprendre ce mécanisme permet d'avoir un regard critique sur les prévisions et d'éviter les pièges des valorisations trop optimistes.

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🏠 Immobilier : Le Prêt à Taux Zéro étendu à tout le territoire dès avril 2025

À partir du 1ᵉʳ avril 2025, le Prêt à Taux Zéro (PTZ) sera accessible aux primo-accédants sur l'ensemble du territoire français, sans distinction de zones. Cette mesure, inscrite à l'article 90 de la loi de finances 2025 promulguée le 15 février 2025, vise à relancer la construction et à faciliter l'accès à la propriété pour les ménages modestes.

 

Retour sur le recentrage de 2024

En 2024, le PTZ avait été recentré, limitant son application aux logements neufs collectifs dans les zones tendues et aux logements anciens dans les zones détendues, sous condition de travaux de rénovation. Cette restriction avait entraîné une baisse significative du nombre de prêts accordés. En 2024, 45 900 PTZ ont été octroyés, soit une diminution de 27,9 % par rapport à 2022. 

 

Objectifs de l'extension du PTZ

La ministre chargée du Logement, Valérie Létard, a exprimé sa volonté de relancer l'accession à la propriété, estimant que cette extension pourrait permettre la construction d'au moins 15 000 logements supplémentaires. Elle souligne que devenir propriétaire renforce le parcours de vie et constitue un patrimoine pour les ménages. ​

 

Autres mesures de soutien au logement

La loi de finances 2025 introduit également des mesures complémentaires :​

  • Exonération de donation jusqu'à 300 000 € : les parents et grands-parents peuvent transmettre jusqu'à 100 000 € chacun, avec un plafond de 300 000 € par bénéficiaire, pour l'achat d'un logement neuf destiné à l'habitation principale ou à la location de longue durée. Cette disposition vise à encourager la construction et la transmission de patrimoine jusqu'à fin 2026.

  • Protection des primo-accédants face à la hausse des frais de notaire : les droits de mutation à titre onéreux (DMTO) pourront augmenter si les conseils départementaux le décident, notamment pour financer leurs politiques sociales. Cependant, les primo-accédants seront exclus de ces hausses éventuelles, favorisant ainsi leur accès à la propriété. 

 

La Fédération nationale de l’immobilier (FNAIM) a salué cette extension du PTZ, la qualifiant de "première victoire". Elle considère cette mesure comme un signal positif pour le secteur du logement, tout en rappelant que d'autres réformes sont nécessaires pour assurer une relance complète du marché immobilier.

 

L'extension du PTZ à l'ensemble du territoire dès avril 2025 marque une étape importante pour faciliter l'accession à la propriété des ménages modestes et dynamiser le secteur de la construction en France. Les mesures complémentaires prévues dans la loi de finances 2025 renforcent ce dispositif, offrant ainsi de nouvelles opportunités aux futurs propriétaires.

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💸 Les annonces d’entreprises à noter de la semaine :

  • Le secrétaire général de l'Elysée, Alexis Kohler, devrait rejoindre la Société Générale pour diriger l'activité de banque de détail, selon L'Opinion.

 

  • Patrick Pouyanné, le PDG de TotalEnergies, suggère à l'UE de lancer son propre programme DOGE.

 

  • Berkshire Hathaway est assis sur une trésor de guerre de 334 Mds$.

 

  • Warren Buffett a déclaré que Berkshire Hathaway envisageait de prendre des participations plus importantes dans les cinq plus grandes sociétés de trading japonaises "au fil du temps".

 

  • Dassault Systèmes, via Centric Software rachète Contentserv pour 220 millions d'euros.

 

  • Pernod Ricard a émis une obligation 2032 de 800 millions d'euros à 3,25%.

 

  • Nvidia voit ses ventes de puces H20 en Chine augmenter en raison de la demande pour les modèles d'IA de DeepSeek.

 

  • American Express rejoint le système de paiement numérique Alipay en Chine.

 

  • Accor émet 600 M€ d'obligations 2032 à 3,50%.

 

  • Dassault Systèmes s'associe à Apple pour proposer des logiciels 3D industriels sur Vision Pro.

 

  • La Pologne souhaite entrer au capital d'Airbus.

 

  • La croissance de l'Ebitda d'Anheuser-Busch Inbev dépasse les attentes.

 

  • Meta en pourparlers pour un projet de centre de données d'IA de 200 milliards de dollars, selon The Information.

 

  • Veolia prévoit des résultats en hausse en 2025 après ses comptes 2024.

 

  • Axa réalise un bénéfice net et un chiffre d'affaires record en 2024.

 

  • Saint-Gobain dégage un chiffre d’affaires annuel de 46,6 milliards d’euros en 2024.

 

  • Teleperformance voit la croissance de son chiffre d'affaires s'accélérer après une année de consolidation.

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Source : Les Echos, Investir, Investing, ZoneBourse, Reuters, ABC Bourse

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