L'Hebdo #122 : Budget 2025, ce qui change pour les particuliers et la résistance de l'économie américaine malgré les incertitudes
📈 Les news qui ont fait bouger les marchés cette semaine
1. Trump ravive la guerre commerciale, les marchés tanguent
Donald Trump a frappé fort en annonçant des surtaxes douanières sur les importations en provenance du Mexique, du Canada et de la Chine, trois partenaires commerciaux majeurs des États-Unis. Les droits de douane sur les produits mexicains et canadiens pourront atteindre 25 %, tandis que ceux sur les importations chinoises subiront une hausse de 10 %. Cette offensive protectionniste, bien que prévisible, a pris les marchés par surprise, entraînant une chute brutale des indices asiatiques. Le Nikkei 225 a reculé de 3 %, Taiwan a perdu 4 %, et la Corée du Sud a également cédé 2,5 %. Même les cryptomonnaies n’ont pas été épargnées, le bitcoin dégringolant de 7 %, Solana de 14 % et l’ether de 23 %. Cette annonce a également eu un impact direct sur les marchés des devises, le dollar américain se renforçant face à l’euro, au peso mexicain et au dollar canadien. Cependant, la situation a évolué rapidement avec la mise en place d’un moratoire d’un mois sur ces surtaxes, le temps pour Washington de négocier avec le Mexique et le Canada. Cette volte-face stratégique a permis aux indices de limiter la casse, mais la menace d’une nouvelle escalade plane toujours, notamment envers l’Europe, que Trump a déjà désignée comme sa prochaine cible.
2. Le marché de l’emploi américain en perte de vitesse
Les chiffres de l’emploi américain publiés cette semaine ont jeté un froid sur les perspectives économiques. En janvier, seuls 143 000 nouveaux postes ont été créés, bien en dessous des 175 000 attendus. Ce ralentissement marque un coup d’arrêt après plusieurs mois de résistance du marché du travail. Le taux de chômage a légèrement reculé à 4 %, mais cette baisse est surtout due à des ajustements méthodologiques et non à une réelle amélioration de l’emploi. Le plus préoccupant reste la dynamique salariale : les salaires ont progressé de 0,5 % sur un mois, soit un rythme annuel encore trop élevé pour espérer un assouplissement rapide de la politique monétaire de la Fed. Cette situation met les marchés dans une position inconfortable. D’un côté, un ralentissement de l’emploi pourrait justifier une baisse des taux d’intérêt dans les mois à venir, une hypothèse favorable aux actions. De l’autre, la résistance des salaires pourrait maintenir une pression inflationniste, forçant la Réserve fédérale à retarder toute intervention. Cette incertitude a accentué la volatilité sur les marchés obligataires, le rendement du 10 ans américain oscillant autour de 4,44 %. Pour les investisseurs, chaque statistique macroéconomique devient ainsi un indicateur clé à scruter dans les prochaines semaines.
3. L’intelligence artificielle, moteur de la bourse malgré les déceptions tech
Le secteur technologique a connu une semaine contrastée, entre déceptions et espoirs. Les résultats trimestriels des géants américains de la tech, notamment Amazon, Alphabet et Microsoft, ont déçu les investisseurs. Ces entreprises, qui avaient largement investi dans l’intelligence artificielle, ont vu leurs coûts exploser, ce qui a pesé sur leur rentabilité. Alphabet a chuté de 7,3 %, AMD de 6,3 %, et Amazon a également subi une correction après l’annonce d’investissements massifs en IA. Pourtant, cette même intelligence artificielle continue de susciter un fort engouement en bourse. Certaines valeurs liées à ce secteur ont brillé, à l’image de Palantir, qui a bondi de 34,38 % grâce à des perspectives de croissance solides. Infineon, acteur majeur des semi-conducteurs, a également profité d’une hausse de 15,13 %, tandis que Nvidia et Broadcom continuent d’attirer les capitaux. Les investisseurs semblent donc opérer un tri sélectif, favorisant les entreprises qui fournissent les infrastructures et outils nécessaires à l’IA, au détriment des plateformes qui peinent à rentabiliser leurs lourds investissements. Ce phénomène illustre une dynamique clé des marchés actuels : malgré les incertitudes économiques et les tensions géopolitiques, l’intelligence artificielle reste un catalyseur majeur d’opportunités pour les investisseurs à long terme.
📰 Le dossier de la semaine : Budget 2025, ce qui change pour les particuliers en matière d'impôts
Le budget 2025 s’apprête à être définitivement adopté après un ultime vote au Sénat. Cette nouvelle loi de finances introduit plusieurs évolutions qui concernent directement les contribuables, notamment en matière d’impôt sur le revenu, de fiscalité immobilière, de taxation automobile et d’énergie. Décryptage des principaux changements.
I. Impôt sur le revenu : ce qui évolue
Réindexation du barème fiscal
Après plusieurs rebondissements, l'impôt sur le revenu est finalement réindexé sur l’inflation. Les seuils sont relevés de 1,8 % afin d'éviter une augmentation d'impôt pour environ 18 millions de foyers fiscaux.
Contribution sur les hauts revenus maintenue
Les contribuables les plus aisés continueront de contribuer davantage. Un impôt minimum de 20 % s'applique désormais aux revenus supérieurs à 250 000 € pour une personne seule et 500 000 € pour un couple. Un acompte de 95 % sera exigé en décembre 2025.
Fiscalisation renforcée des cryptomonnaies
Les plateformes de cryptomonnaies devront dorénavant déclarer les transactions de leurs utilisateurs, ce qui facilitera les contrôles fiscaux. Les investisseurs particuliers sont déjà tenus de déclarer leurs gains, mais cette mesure renforce la transparence.
Extension et pérennisation de la niche "Coluche"
Les dons aux associations d’aide aux plus démunis bénéficient toujours d’une réduction d’impôt de 75 % dans la limite de 1 000 €. Ce dispositif est élargi aux associations luttant contre les violences domestiques.
II. Immobilier : des mesures pour les acheteurs et les propriétaires
Hausse possible des frais de notaire
Les départements ont désormais la possibilité d'augmenter les droits de mutation (communément appelés "frais de notaire") jusqu'à 5 %. Toutefois, les primo-accédants seront exonérés de cette hausse.
Élargissement du prêt à taux zéro (PTZ)
Le PTZ s’étend à l’ensemble du territoire pour l’achat de logements neufs, y compris les maisons individuelles. Les conditions d’éligibilité pour les logements anciens restent inchangées.
Prolongation du dispositif "Loc’Avantages"
Les propriétaires qui louent à des ménages modestes à un loyer réduit pourront continuer de bénéficier d’un avantage fiscal jusqu’en 2027.
Dons familiaux exonérés de frais de succession
Jusqu'à fin 2026, les dons jusqu'à 100 000 € à ses enfants ou petits-enfants sont exonérés de droits de succession à condition que les sommes servent à l'achat d’un logement neuf ou à des travaux de rénovation énergétique.
Modification du régime fiscal des loueurs en meublé non professionnels (LMNP)
Désormais, les amortissements déduits pendant la détention d’un bien devront être réintégrés dans le calcul de la plus-value lors de la revente. Cela augmente le montant taxable, bien que les abattements pour durée de détention restent applicables.
III. Énergie : une fiscalité en mutation
Hausse de la TVA sur les chaudières à gaz
Les chaudières fonctionnant aux énergies fossiles ne bénéficieront plus d’un taux réduit de TVA. Le taux normal de 20 % s’appliquera désormais, augmentant leur coût d’achat et d’installation.
Prix de l’électricité stable, mais hausse de TVA sur l’abonnement
Les tarifs réglementés de l’électricité ont baissé de 15 % début 2025, mais la TVA sur les abonnements passera de 5,5 % à 20 % cet été. Le gouvernement prévoit des ajustements pour limiter l'impact sur les ménages.
Chèque énergie envoyé automatiquement
5,6 millions de foyers bénéficieront automatiquement du chèque énergie, sans démarches à effectuer.
IV. Transport : durcissement des taxes automobiles et aériennes
Renforcement du malus CO2
Dès le 1er mars, le seuil de déclenchement du malus CO2 baisse, taxant les véhicules dès 113 g de CO2/km. Le plafond maximal du malus passe à 70 000 €, atteignant 90 000 € en 2027. Les véhicules électriques bénéficient d’un abattement de 600 kg sur le "malus masse".
Augmentation de la taxe sur les billets d’avion
Les vols seront plus taxés à partir du 1er mars 2025, avec une augmentation pouvant aller jusqu’à 40 € pour les destinations lointaines en classe économique et 120 € en classe affaires. Contrairement aux discussions initiales, la Corse et les DOM ne sont plus exonérés de cette hausse.
🏦 Investissement : L'économie américaine reste résiliente malgré l'incertitude commerciale et politique
1) Une croissance économique américaine supérieure à la tendance
L'économie américaine a commencé l'année 2025 sur une trajectoire solide. Malgré les incertitudes liées aux politiques commerciales, les indicateurs économiques restent encourageants.
Après une croissance annualisée de 2,3 % au quatrième trimestre 2024 et une progression de 2,8 % sur l'année complète, le premier trimestre 2025 semble bien parti pour dépasser la tendance historique. Le tracker GDP-Now de la Fed prévoit une croissance de 2,9 %.
La consommation, qui représente environ 68 % du PIB américain, continue de croître. Au quatrième trimestre 2024, les dépenses des ménages ont augmenté de 4,2 %, bien au-dessus de la moyenne à long terme de 3 %.
Par ailleurs, l'industrie manufacturière américaine montre des signes de reprise. L'indice PMI manufacturier est repassé en territoire d'expansion pour la première fois depuis 2022, indiquant un regain d'activité dans le secteur.
2) Des bénéfices d'entreprise en forte progression
L'un des moteurs clés de la performance des marchés boursiers reste l'évolution des bénéfices des entreprises. Pour 2025, la croissance des bénéfices est estimée entre 10 % et 15 %, un niveau inégalé depuis 2021.
La saison des résultats du quatrième trimestre 2024 confirme cette tendance. Environ 60 % des entreprises du S&P 500 ont déjà publié leurs résultats, et 77 % d'entre elles ont dépassé les prévisions, ce qui est supérieur à la moyenne des dix dernières années (75 %).
3) Un marché du travail robuste soutient la consommation
Le rapport sur l'emploi de janvier 2025 montre que le marché du travail américain reste dynamique. Malgré un chiffre de 143 000 emplois créés, inférieur aux prévisions (175 000), les révisions des mois précédents ont porté la moyenne trimestrielle à 241 000, bien au-dessus de la moyenne annuelle de 165 000.
Le taux de chômage a reculé à 4,0 %, en dessous des attentes (4,1 %) et de la moyenne à long terme de 5,7 %.
Les salaires horaires ont progressé de 4,1 % sur un an, ce qui pourrait exercer une pression haussière sur l'inflation. Toutefois, depuis la mi-2023, la croissance des salaires réels reste positive, soutenant ainsi la confiance des consommateurs.
4) Incertitude autour des tarifs douaniers
Les politiques tarifaires représentent une menace potentielle pour la croissance économique. Actuellement, les droits de douane sur le Canada et le Mexique sont gelés, mais ceux sur la Chine restent à 10 %. Une éventuelle escalade pourrait entraîner une augmentation des prix et peser sur la croissance.
Les États-Unis étant une économie relativement peu exposée au commerce international (le commerce ne représente que 25 % du PIB, contre 64 % pour le Canada et 74 % pour le Mexique), l'impact sur leur économie pourrait être limité. Toutefois, les tarifs douaniers risquent d'agir comme une taxe supplémentaire sur les consommateurs, ajoutant une pression inflationniste.
==> Diversification des portefeuilles : un thème clé pour 2025
Malgré les incertitudes sur le commerce, les fondamentaux économiques restent solides : croissance soutenue, progression des bénéfices, chômage faible et politiques potentiellement favorables aux entreprises.
Cependant, après deux années de hausses consécutives sur les marchés américains et une volatilité relativement faible, une modération des rendements et une augmentation de la volatilité sont probables.
La diversification s'impose donc comme une stratégie essentielle. Elle permet de réduire l'exposition à un seul actif et d'optimiser les performances du portefeuille. Par exemple, les entreprises américaines de taille intermédiaire, qui génèrent une grande partie de leurs revenus sur le marché domestique, pourraient bénéficier d'une croissance interne solide et d'une fiscalité allégée.
Enfin, les obligations de haute qualité (investment grade) restent une option intéressante pour diversifier un portefeuille, notamment en cas de regain d'aversion au risque.
L'économie américaine démarre 2025 sur une base solide. Toutefois, la prudence reste de mise face aux risques liés aux tensions commerciales et à la politique monétaire. Dans ce contexte, la diversification et une allocation équilibrée entre actions et obligations demeurent des stratégies privilégiées pour les investisseurs.
💸 Les annonces d’entreprises à noter de la semaine :
Sanofi rachète 2,3% de ses propres actions à L'Oréal à 101,50 EUR pièce, en vue de les annuler.
OVH Groupe a émis 500 M€ d'obligations 2031 à 4,75%.
L'UE va rendre Temu (PDD Holding), Shein et Amazon responsables des produits "dangereux", selon le FT
Julius Bär annonce un bénéfice net de 1,12 milliard de dollars pour 2024 et va supprimer 400 emplois en Suisse.
BNP Paribas dépasse ses prévisions pour le quatrième trimestre, mais revoit à la baisse ses objectifs de bénéfices 2025.
Dassault Systèmes vise une croissance de son chiffre d'affaires entre 6% et 8% pour 2025, pour un bénéfice dilué par action compris entre 1,36 et 1,39 EUR.
Airbus engage Goldman Sachs pour l'aider à monter une fusion dans le spatial, selon Bloomberg.
Engie accroît nettement ses contrats d'achats d'électricité renouvelable, qui ont totalisé 4,3 GW en 2024 après 2,7 GW en 2023.
UBS dépasse les attentes avec un bénéfice net de 770 M$ au T4.
Nokia signe un accord d'expansion pluriannuel avec AT&T pour la voix et l'automatisation.
Salesforce supprime 1000 emplois, selon Bloomberg.
KKR relèverait le prix de l'offre pour Fuji Soft, au-delà de l'offre de Bain, selon Nikkei.
TotalEnergies enregistre une baisse de son bénéfice au T4 avec la faiblesse de la demande de pétrole, mais dépasse les attentes.
Crédit Agricole publie des résultats records en 2024.
Saint-Gobain investit 40 millions d'euros en Espagne.
Veolia et Mistral AI s'associent pour "révolutionner" la gestion de l'efficacité des ressources grâce à l'IA générative.
Toyota revoit à la hausse ses prévisions de bénéfices annuels.
L'administration Trump envisage d'ajouter Shein et Temu (PDD Holding) à la liste du "travail forcé", selon Semafor.
Société Générale double son bénéfice au quatrième trimestre grâce à la reprise de l'activité de détail et va racheter 872 M€ d'actions.
Gucci (Kering) met fin à sa collaboration éphémère avec son directeur de la création Sabato de Sarno.
Teleperformance finalise l’acquisition de ZP Better Together.
BlackRock va introduire un ETF bitcoin en Europe, selon Bloomberg.
L'Oréal enregistre une croissance faible en 2024, le titre perd 1,8% en séance US. Le groupe prend une participation minoritaire dans Jacquemus.
Vinci vise une hausse de ses bénéfices en 2025 après une légère progression en 2024.
Shell et TotalEnergies reçoivent des commandes de GNL d'une valeur de 3 milliards de dollars de la part de l'Égypte.
Source : Les Echos, Investir, Investing, ZoneBourse, Reuters, ABC Bourse