L'Hebdo #106 : Le projet de loi de finances pour 2025 et le marché boursier peut-il enregistrer un triplé en 2025 ? Analyse et perspectives
📈 Les news qui ont fait bouger les marchés cette semaine
1. La Chine sur le fil : pression pour des mesures de relance
La Chine est au centre de l'attention des marchés mondiaux. Après une forte remontée des indices boursiers chinois au cours du dernier mois, la pression monte sur les autorités pour qu'elles prennent des mesures concrètes afin de soutenir une reprise économique encore fragile. Bien que Pékin ait déjà initié quelques annonces encourageantes, les investisseurs restent sur leur garde, scrutant chaque communication officielle à la recherche de nouveaux signaux. Ce week-end, la conférence de presse du ministre des Finances, Lan Fo’an, n’a pas vraiment répondu aux attentes. Alors que beaucoup espéraient des mesures de soutien à la consommation, le ministre s’est principalement concentré sur le secteur immobilier, affirmant que des marges de manœuvre budgétaires existent encore. Pourtant, ces annonces sont restées bien en deçà des espoirs du marché. Le spectre de la déflation, déjà palpable avec des statistiques montrant une contraction des prix à la production et une inflation faible, renforce l'urgence d'une action plus marquée. Le défi pour le gouvernement chinois est de taille : maintenir la confiance des investisseurs tout en gérant les risques de surchauffe et de déséquilibres économiques.
2. Résultats trimestriels : les banques américaines en tête, la BCE sous pression
Les résultats trimestriels des entreprises ont lancé la saison des publications financières avec vigueur, en particulier aux États-Unis, où les grandes banques ont surpris positivement les marchés. JPMorgan, Wells Fargo et Citigroup ont dévoilé des résultats supérieurs aux attentes, marquant ainsi le retour d’une certaine sérénité sur Wall Street. Ces chiffres témoignent d’une résilience de l’économie américaine, où l'on parle de plus en plus d’un "atterrissage en douceur" après les turbulences de l'été. En Europe, les investisseurs attendent avec impatience la décision de la Banque centrale européenne (BCE), qui devrait annoncer une baisse des taux directeurs lors de sa prochaine réunion. Cette réduction, largement anticipée par le marché, viserait à contrer les pressions déflationnistes et à soutenir une économie européenne encore fragile. En parallèle, la semaine sera marquée par la publication des résultats de grands groupes tels que LVMH, ASML, et Nestlé, qui donneront un aperçu des perspectives pour le reste de l’année. Alors que la BCE prépare son annonce, les regards sont tournés vers les performances de ces entreprises phares, qui influenceront la tendance des marchés européens.
3. ASML et LVMH en difficulté : déception des marchés européens
Les marchés européens ont été marqués par deux déceptions majeures cette semaine : ASML et LVMH. ASML, le leader mondial des équipements de fabrication de puces électroniques, a jeté un froid en annonçant que ses prévisions de ventes pour 2025 seraient nettement inférieures aux attentes initiales. Cette annonce, survenue en pleine séance boursière, a provoqué une onde de choc sur les marchés, entraînant une baisse de plus de 16 % de son action. Cette mauvaise nouvelle a également affecté d'autres acteurs du secteur technologique, comme Nvidia et AMD, qui ont vu leurs actions reculer. En parallèle, LVMH, le géant du luxe, a publié des résultats décevants pour le troisième trimestre. Alors que le secteur du luxe était jusque-là perçu comme un refuge face aux turbulences économiques, les ventes en baisse de LVMH, notamment au Japon, ont terni cette image. Cette double déconvenue pèse lourdement sur les indices européens, notamment sur le CAC40, fortement exposé au secteur du luxe. Les résultats de ces deux poids lourds rappellent que la reprise économique reste fragile et que les perspectives de croissance pour les prochains mois sont loin d’être assurées.
📰 Le dossier de la semaine : Le projet de loi de finances pour 2025
Voici une reformulation plus détaillée des différentes sections du projet de loi de finances pour 2025. Précisons qu'aucune des mesures n'a pour le moment été voté par le Parlement et donc adopté :
1. Revalorisation de 2 % du barème de l’impôt sur le revenu
Cette mesure vise à adapter le barème de l'impôt sur le revenu à l'inflation. Les tranches d’imposition pour les revenus perçus en 2024 seront augmentées de 2 %. Cela signifie que le seuil de chaque tranche augmentera légèrement pour tenir compte de l'augmentation générale des prix, réduisant ainsi le risque que les contribuables voient leur taux d’imposition augmenter uniquement à cause de l’inflation. Voici les nouvelles tranches proposées :
Jusqu’à 11 520 € : 0 %
De 11 520 € à 29 373 € : 11 %
De 29 373 € à 83 988 € : 30 %
De 83 988 € à 180 648 € : 41 %
Au-delà de 180 648 € : 45 %
Le barème du prélèvement à la source sera également ajusté pour suivre cette revalorisation à partir du 1er janvier 2025.
2. Instauration d’une contribution différentielle sur les hauts revenus
L’objectif de cette contribution est d’assurer une imposition minimale de 20 % pour les contribuables aux revenus les plus élevés. Les personnes concernées seront celles dont le revenu fiscal de référence dépasse :
250 000 € pour une personne imposée seule,
500 000 € pour les contribuables imposés en commun (par exemple, un couple).
Le calcul de cette contribution tiendra compte des revenus exceptionnels (comme les dividendes ou les plus-values), mais seuls 25 % de ces montants seront inclus dans le calcul s'ils dépassent la moyenne des revenus des trois dernières années. Si le montant total des impôts déjà payés (impôt sur le revenu, contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, prélèvements libératoires, etc.) dépasse 20 % du revenu fiscal de référence, cette contribution ne sera pas prélevée.
3. Contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises
Cette contribution temporaire concerne les entreprises dont le chiffre d'affaires en France dépasse un milliard d'euros. Elle vise à majorer l'impôt sur les sociétés (IS) pour ces entreprises, de manière progressive :
En 2025, l'IS sera majoré d'une surtaxe de 20,6 % pour les entreprises réalisant un chiffre d'affaires supérieur à 1 milliard d’euros, et de 41,2 % pour celles dépassant 3 milliards d'euros. Cela portera le taux d'imposition à 30,15 % ou 35,3 %.
En 2026, ces surtaxes seront respectivement de 10,3 % et 20,6 %, ce qui correspondra à un taux d'IS de 27,57 % ou 30,15 %.
Cette mesure est introduite pour faire face à l’augmentation des besoins budgétaires et financer certaines dépenses publiques tout en ciblant les grandes entreprises.
4. Instauration d’un échange d’informations sur les crypto-actifs
Le projet de loi de finances pour 2025 intègre une directive européenne visant à établir un cadre d’échange automatique et obligatoire d’informations fiscales concernant les actifs numériques (crypto-monnaies, jetons, etc.). À partir du 1er janvier 2026, les prestataires de services sur crypto-actifs devront se conformer à des obligations de déclaration renforcées, permettant aux autorités fiscales d'obtenir des informations plus précises sur les transactions effectuées via ces plateformes. Cela s’inscrit dans une volonté d’harmonisation et de transparence au niveau européen pour prévenir la fraude fiscale.
5. Aménagement du régime spécial des fusions
Ce volet prévoit plusieurs modifications du Code Général des Impôts concernant les opérations de fusion, scission et apport partiel d’actifs entre sociétés, pour aligner la législation française sur le droit européen. Voici les principaux changements proposés :
Introduction d’un nouveau cas de fusion ou scission sans échange de titres.
Nouvelle définition de l’apport partiel d’actifs, pour moderniser cette notion.
Possibilité d’attribuer directement aux associés de la société apporteuse les titres représentant l’apport (appelé « scission partielle »).
Ces aménagements visent à rendre les opérations de restructuration d’entreprises plus conformes aux normes européennes et faciliter certaines transactions complexes.
6. Sécurisation des modalités d’imposition des non-résidents
Cet article vient clarifier la situation fiscale des personnes qui ne sont pas résidentes fiscales en France mais qui pourraient être considérées comme telles en vertu du droit interne. Le projet confirme que ces contribuables, non résidents selon les conventions internationales, ne pourront pas être imposés comme des résidents fiscaux français, même s’ils possèdent certains liens économiques ou patrimoniaux en France. Cette clarification vise à éviter des doubles impositions injustifiées et à sécuriser la position fiscale des non-résidents.
7. Réintégration des amortissements dans les plus-values pour les locations meublées non professionnelles (LMNP)
Actuellement, les contribuables qui louent des biens en meublé sous le régime LMNP peuvent déduire les amortissements sur le logement loué de leurs revenus locatifs imposables. Jusqu'à présent, ces amortissements n’étaient pas réintégrés lors de la vente du bien pour calculer la plus-value immobilière. Le projet de loi propose désormais de réintégrer ces amortissements dans le calcul de la plus-value lors de la cession du bien immobilier à compter du 1er janvier 2025, tout en maintenant les abattements pour durée de détention. Cette mesure vise à éviter que les investisseurs en LMNP ne bénéficient d'une double exonération.
8. Sécurisation du régime des Bons ou Droits de Souscription d’Actions (BSPCE)
Le régime des BSPCE, qui permet aux salariés et dirigeants de jeunes entreprises de souscrire des actions à des conditions avantageuses, subira des modifications à la suite de récentes décisions du Conseil d’État. Désormais, il sera interdit d’inscrire des actions issues de l’exercice de BSPCE sur un PEA (Plan d’Épargne en Actions). De plus, les gains d’exercice et les gains de cession seront traités séparément sur le plan fiscal. Le gain d’exercice sera immédiatement imposé comme un revenu salarial lors de l’apport des titres, tandis que le gain de cession pourra bénéficier d'un report d’imposition.
9. Instauration d’une taxe sur les réductions de capital pour les grandes entreprises
Les grandes entreprises dont le chiffre d’affaires individuel ou consolidé dépasse 1 milliard d’euros devront s’acquitter d’une nouvelle taxe sur les opérations de réduction de capital liées au rachat de leurs propres actions, effectuées après le 10 octobre 2024. Cette taxe sera fixée à un taux de 8 % sur le montant de la réduction de capital et une fraction des primes liées au capital. Cette mesure est non déductible de l’impôt sur les sociétés.
10. Ce qui ne figure pas dans le projet de loi de finances à ce stade
Il est à noter que le projet de loi de finances pour 2025 ne propose aucune modification dans certains domaines clés :
Aucune révision du régime de l'Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI) n’est prévue, ni un retour d’un impôt plus global sur la fortune.
L’exit tax, qui impose les plus-values latentes lors d’un départ à l’étranger, n’est pas modifiée.
Les droits de donation ou de succession, ainsi que le pacte Dutreil (qui facilite la transmission d’entreprises familiales), restent inchangés.
Les taux des prélèvements sociaux ne sont pas révisés.
🏦 Investissement : Le marché boursier peut-il enregistrer un triplé en 2025 ? Analyse et perspectives
En 2024, le marché boursier a poursuivi son impressionnante trajectoire avec une hausse proche de 23% jusqu’à présent. Si cette performance se maintient jusqu’à la fin de l’année, ce serait la deuxième année consécutive où le S&P 500 enregistre un rendement supérieur à 20%. Un tel événement n’a eu lieu que cinq fois au cours des 75 dernières années. Cependant, l’histoire nous montre que prolonger cette dynamique pour une troisième année consécutive reste rare, bien que pas impossible.
Depuis 1950, seulement cinq périodes ont vu deux années successives avec des rendements de plus de 20%. Parmi ces cas, seule une période, celle des années 1990, a réussi à maintenir cette série pour une troisième année consécutive. Les autres cas ont montré une progression plus modérée la troisième année, avec un rendement moyen de 6%. Cela signifie que, bien que des gains soient possibles en 2025, ils risquent d’être plus limités comparés aux deux années précédentes.
Les facteurs favorisant la croissance
Trois grands piliers soutiennent la croissance actuelle des marchés :
Une économie en croissance : L'économie américaine continue de croître, bien que de manière plus modérée qu’au cours des précédentes périodes de forte expansion. La reprise économique, amorcée après la pandémie de COVID-19, reste solide, bien que certains secteurs montrent des signes de ralentissement.
Une politique monétaire accommodante : La Réserve fédérale a adopté une approche plus favorable avec un ralentissement des hausses de taux d’intérêt, ce qui favorise les investissements et la valorisation des actifs. Cette politique accommodante contraste avec les périodes précédentes où la Fed avait adopté une approche plus restrictive.
Des bénéfices d’entreprises en hausse : Les entreprises américaines continuent d’enregistrer des bénéfices solides, ce qui alimente la hausse des actions. Les perspectives de bénéfices pour les prochains trimestres restent encourageantes, contribuant à maintenir l’optimisme des investisseurs.
Dans l’histoire des marchés, plusieurs périodes ont vu des gains similaires à ceux que nous observons actuellement. Les exemples les plus notables incluent :
Les années 1950, avec des hausses de 32% et 24% en 1950-51, puis de 53% et 32% en 1954-55.
La période de reprise après la récession des années 1970, avec des hausses en 1975-1976.
Les années 1982-1983, après la récession provoquée par l’inflation.
La bulle technologique à la fin des années 1990, qui a vu cinq années consécutives de gains supérieurs à 20%.
En dehors de ces périodes, il y a eu 14 années où le marché a enregistré des gains de plus de 20%, mais sans les reproduire l’année suivante. Dans ces cas, le marché a continué de progresser neuf fois sur quatorze, avec une moyenne de 14% de rendement pour les années où il a augmenté, et une perte moyenne de 8% pour les années de baisse.
Les risques et incertitudes en 2025
Bien que les fondamentaux actuels semblent solides, le marché n'est pas à l'abri des risques. Des facteurs externes, comme une potentielle récession mondiale, des tensions géopolitiques ou des politiques monétaires plus restrictives dans d'autres régions, pourraient affecter les marchés financiers en 2025. De plus, les valorisations actuelles, bien que soutenues par des bénéfices solides, pourraient ne pas permettre le même niveau de croissance que celui observé en 2023 et 2024.
Une configuration favorable mais des perspectives plus modérées
Malgré ces incertitudes, le marché boursier pourrait encore enregistrer des gains en 2025. Cependant, la dynamique actuelle indique que la croissance pourrait être plus modérée. Les investisseurs ne doivent pas nécessairement s'attendre à un autre rendement supérieur à 20%, mais plutôt à une progression plus lente, avec des fluctuations potentielles en cours d'année.
Les conditions actuelles sont en partie comparables à celles des précédentes périodes de croissance consécutive. Cependant, certains éléments comme la modération de la croissance du PIB et une Fed plus accommodante suggèrent un contexte différent. La clé pour 2025 sera de savoir si ces facteurs continueront de soutenir les marchés ou si d'autres défis économiques viendront freiner cette dynamique.
En conclusion, bien que les performances des deux dernières années soient impressionnantes, il serait imprudent de présumer que le marché continuera à enregistrer des gains de cette ampleur sans interruption. Les précédents historiques montrent que, bien que rares, des séries consécutives de fortes hausses sont possibles, mais elles s'accompagnent souvent de ralentissements. Les investisseurs devraient garder un œil attentif sur l’évolution des bénéfices des entreprises, la politique monétaire de la Fed et les indicateurs économiques globaux pour évaluer les perspectives du marché en 2025.
Ainsi, bien qu’un "triplé" soit difficile à atteindre, les conditions actuelles laissent entrevoir la possibilité d’une année positive, avec toutefois des gains plus modérés et potentiellement plus volatils que ceux observés jusqu’à présent.
💸 Les annonces d’entreprises à noter de la semaine :
Chez Stellantis, Carlos Tavares n'écarte pas des fermetures d'usines.
Alibaba va collaborer avec des marques de mode européennes pour stimuler les ventes de produits de luxe.
Total Energies prévoit des résultats en baisse pour l'aval au troisième trimestre, en raison de la réduction des marges de raffinage.
Vinci remporte en groupement un contrat de 432 millions d'euros en Australie.
Les Pays-Bas cherchent à réduire leur détention d'ABN Amro de 40,5 à 30%, selon Bloomberg.
Nvidia signe un nouveau record et se rapproche de la capitalisation d'Apple.
Google va acheter de l'énergie nucléaire à Kairos.
LVMH affiche des revenus en baisse au T3.
Rexel abaisse ses prévisions 2024.
Fnac Darty relève ses prévisions.
Intel et AMD s'associent pour faire face au défi croissant d'ARM Holdings.
Boeing mobilise 35 milliards de dollars de fonds, alors que la grève affecte ses finances.
Publicis relève sa prévision de croissance pour 2024 après un T3 supérieur aux attentes.
Pernod Ricard confirme ses objectifs pour 2024-2025 malgré des ventes décevantes au T1.
Nestlé ne parvient pas à augmenter ses ventes organiques sur les neuf premiers mois de l'année et réduit ses perspectives.
Le bénéfice d'exploitation de Nokia au troisième trimestre dépasse les attentes .La société réduit ses effectifs de 2 000 personnes en Chine.
EssilorLuxottica déçoit au T3 mais confirme ses perspectives.
La Française des Jeux relève sa prévision de croissance du CA avec l'acquisition de Kindred.
Brunello Cucinelli contrecarre la tendance morose du secteur en augmentant son chiffre d'affaires.
Berkshire Hathaway continue de réduire sa participation dans Bank of America.
Source : Les Echos, Investir, Investing, ZoneBourse, Reuters, ABC Bourse